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Istambul 1974

Istambul 1974

« Il ne sert à rien de rajouter des années à sa vie, si l'on ne rajoute pas de la vie à ses années. »

J.F. Kennedy

 

Istanbul, 1974,

Je dors dans un dortoir où ont défilés depuis la fin des années soixante des milliers de hippies.

La vermine qui loge dans ma paillasse m'a assailli toute la nuit.

c'est d'un pas plein de certitudes mémorisées que je me dirige vers les toilettes, oubliant même de m'armer de ma canne qui, indifférente, repose pliée sous mon lit. Qu'importe! à force d'arpenter l'hôtel dans tous les sens je crois que je possède en mémoire sa géométrie complexe. Je contourne donc le lit de mon junky anglais de voisin et m'engage dans l'allée centrale du dortoir.

Je dépasse quatre lits puis rencontre un pilier. Avec mon épaule gauche je longe un mur, ensuite j'ouvre une porte. A ma droite, il y a un banc, puis un lavabo. Jusqu'ici tout va bien. Le plus désorientant est désormais passé. Je m'enfile dans un couloir, gravis deux marches, et à grandes enjambées, sans appréhension aucune, je me dirige vers les toilettes.

 

Pour ne pas trop me déporter vers la gauche où je sais qu'il y a tout un fouillis de meubles entassés les uns sur les autres, je laisse discrètement traîner ma main le long de la cloison droite. Mais alors que je ne m'y attend pas du tout, je renverse un seau d'eau et m'empêtre les pieds dans une serpillière. Aussitôt une main amicale vole à mon secours et me guide droit à mon but.

(Il n'y a pas besoin de voir pour repérer ce triste endroit, l'odorat suffit amplement.) Je pousse alors la porte et m'octroie une glissade involontaire sur un tapis de souillure riche en odeurs.
Ecoeuré, l'estomac au bord des lèvres, le bas du jean trempé par le sot renversé, les semelles des chaussures dégoulinantes de merde, je me présente dans le couloir en me demandant ce que je vais bien pouvoir faire. Aussitôt un turc rigolard me ceinture et me fait comprendre qu'il va nettoyer mes chaussures. Lorsqu'il me les rapporte je l'interroge en anglais.
Il me dit: "You wait", et deux minutes plus tard revient avec un copain qui s'exprime bien dans cette langue. Il me demande ce que je veux ........
Il n'est pas surpris de m'entendre dire:
"Oh rien de particulier, je voulais seulement discuter avec ce monsieur qui m'a spontanément donné un coup de main."
Ils me prennent tous deux par le bras et m'invitent à prendre un café chez eux. Celui qui parle anglais est le gérant de l'hôtel, l'autre son cousin.

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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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