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Invitez moi ...

Invitez moi ...

Si vous voulez tout savoir sur la cécité et sur ceux qui la portent  : INVITEZ MOI .............

 

 "Invitez-moi .... ", voilà ce qui m’est venu une nuit à Khajurâo en juillet 2011, dans le Madhya Pradesh, sur l’indienne terre battue par la mousson.

Rien de moins que cela, rien de plus : invitez-moi sans me connaître pour l’audace de la rencontre.

Osons l’inconnu ensemble en cette époque où la peur nous coupe souvent des autres.

Rencontrons nos différences.

Cette idée m’est venu au cœur palpitant d’une indienne nuit, celle de me faire inviter par qui le souhaiterait en échange de quoi je raconterai, si cela me vient, quelques anecdotes de mon itinéraire d’aveugle aventureux ou tout autre chose. Mais je ne serai en aucun cas animateur de soirée, je rebondirai sur des discussions existantes tout au plus.

J’entends en souriant mes pères :

"Mais on ne demande pas de tels choses Jean-Pierre, c’est impoli, indécent".

Oui je sais on espère, on attend, on attend, et si ça ne se fait jamais on est frustré, incomblé, mais on a été courtois, convenable, et on entasse des manques sur nos manques jusqu’à ce que cela devienne insoutenable, alors on craque de partout, et là je peux vous dire que l’on est plus dans ce qui se fait ou ce qui ne se fait pas, le refoulé sort à gros bouillon et éclabousse tout le monde !

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Moi je fais ce qui vient, j’aime trop la vie pour me conformer à une image identitaire, m’enfermer uniquement dans ce que l’on attend de moi. Tant pis pour la respectueuse image sociale, la sacrosainte fidélité à ce que nos aînés nous ont transmis !

La vie se conjugue en prendre-donner, manger et être mangé, et l’on ne sait jamais nettement si celui qui semble donner ne prend pas et si celui qui paraît prendre ne donne pas.

Je préfère pour ma part dire qu’il y a échange et faire comme le Grec copain d’antan Ulysse en m’arrimant à mon mât, et les sirènes du collectif et de la soit disant bonne éducation peuvent bien chanter leurs rengaines séductrices, je garde mon axe, ma" jean-pierrité" et je fais ce que je ressens.

En fait, vous l’avez compris si vous lisez ce blog, j’aime voyager, j’aime l’imprévu, et je réalise que me faire inviter chez des inconnus, même dans mon pays, infinise le voyage et l’aventure. Et puis il y a un petit quelque chose, une étincelle souvent invisible, mais lorsque l’on relationne ouvertement, la rencontre peut faire naître une sorte de tiers implicite, un troisième qui est à la fois l’autre et moi, mais plus ample, et ça c’est régénérant. Ce « troisième » ce n’est pas un autre bien sûr, mais c’est nous deux en relation étonnés de découvrir le nouveau et le jusque-là inconnu qui sort de nos bouches et qui imbibe intimement notre manière d’être.

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La règle du jeu que je propose :

Je désire être invité au moins un soir et être logé au moins une nuit, quelque soit les circonstances, le confort ou l’inconfort, car si vous êtes le président de la république ou SDF consultant internet de-ci de-là, vous ne m’offrirez sans doute pas le même couchage ! Mais que ceux qui ne sont ni l’un ni l’autre se sentent aussi concernés : invitez-moi, et SVP faites circuler ce texte vers vos amis … sans oublier vos ennemis !

Faire entrer un étranger dans son intimité l’espace d’une soirée peut donner d’autres élans et ouvrir le goût de l’autre, aiguiser notre curiosité, créer du lien, monter des projets, raboter la peur de la différence, modifier notre regard sur l’existence, et je sais de quoi je parle avec mes années d’errances et de rencontres multiples.

Donc vers la fin juillet 2011, avec Pascal T, vieux compagnon de routes, Leïla, ma fille qui venait de fêter ses seize ans les pieds dans le Gange à Vârânasî, nous partagions à Khajurâho une chambre d’hôtel en rez-de-chaussée.

Ce que je pris pour un énorme ronflement humain me tira du sommeil autour de minuit. J’attendis quelques temps avant d’agir, mais ce qui me surprenait c’était que le ronfleur, obligatoirement Pascal, émettait une sorte de grognement quasi porcin avec une régularité suspecte. En effet le son coupable enflait pour s’éteindre environ toutes les deux minutes. Finalement n’y tenant plus je me levai et me dirigeai vers le matelas posé à même le sol où le «coupable» ami sommeillait si bruyamment. J’allai mettre ma main sur son épaule quand le dormeur m’apostropha en ricanant :

«  Mais qu’est-ce que tu fabriques ? Sais-tu que tu m’empêches de dormir tellement tu ronfles ! Je n’ai jamais de ma vie entendu …. » 

Et sa phrase ne s’acheva pas car un sonore grognement nous figea d’étonnement tous les deux. Ce n’est pas Leïla qui émettait un tel son car nous l’entendions respirer paisiblement. Alors ?...

Nous restons muets de stupéfaction puis d’un seul coup nous réalisons que le bruit perturbateur provient de dehors.

Nous nous dirigeons alors vers la fenêtre et Pascal découvre un grand buffle noir qui fait les cents pas et lâche un beuglement plaintif à chaque fois qu’il passe devant notre chambre.

Que faire ? Rien, bien sûr.

Et c’est là que l’Inde est un pays particulier en cela qu’il nous demande sous différentes formes d’accepter ce qui semble intolérable. Je revois des situations qui jalonnèrent ma douzaine de voyages sur cette terre aimée, des situations qui ont dû rendre plus d’un voyageur indophobe !

Si nous allions nous plaindre à la réception, le gardien de nuit ne comprendrait absolument pas, même avec de la bonne volonté, de quoi nous parlons.

D’une civilisation à l’autre nous n’avons incontestablement pas les mêmes normes.

Pascal se rendort et je goûte pleinement comment la nuit indienne remplit la chambre avec ses crissements d’insectes, des jappements de chiens et de chacals lointains, une odeur de terre et de végétation macérées par l’active mousson, et n’oublions pas le beuglement régulier du buffle noir.

J’observe, je suis aux aguets, et cette idée de me faire inviter et d’accepter toutes les invitations sans discrimination émerge du noir de ma nuit interne et se met à clignoter avec insistances.

Je sais je suis aveugle mais quand même c’est écrit en si gros caractères que …. Ma foi … je finis par voir le programme affiché !

" INVITEZ-MOI " ...

 

Ah oui je sais c’est plus convenable d’inviter que de se faire inviter, de donner que de prendre, mais je ne tiens ni à être comme il faut ni à son contraire.

Pour moi être conformiste ou anticonformiste relève de la même conscience grégaire, le modèle premier étant passif et le second réactif mais entretenant le premier en en étant dépendant.

Au petit matin nous arpentons un marché boueux avant d'aller nous infuser dans les poèmes d'amour que chantent les pierres des temples érotiques de Khajurâho. 

Pour imager ce projet je livre une histoire juive montrant un rabbin qui demande à ses étudiants :

- Comment sait-on que la nuit s'est achevée et que le jour se lève ?

- Au fait que l’on peut reconnaître un mouton d'un chien, dit un étudiant.

- Non, ce n'est pas la bonne réponse, dit le rabbin.

- Au fait, dit un autre étudiant, que l’on peut reconnaître un figuier d'un olivier.

- Non, dit le rabbin. Ce n'est pas encore la bonne réponse.

- Alors comment le sait-on ?

- Quand nous regardons un visage inconnu, un étranger, et que nous voyons qu'il est notre frère, à ce moment-là le jour s'est levé. Pas avant.

Et quand je parle aujourd’hui aux uns ou aux autres de ce projet, ils me disent tous :

«  Ca ressemble à un documentaire à la télé, Antoine de Maximy qui se fait inviter partout dans le monde et qui est filmé et dont le titre de l’émission est : "j’irai dormir chez vous".

«  Ah oui, pourquoi pas, mais je n’ai jamais entendu parler de cette émission, dites-moi, j’inviterai cet homme où il m’invitera ou nous nous ferons inviter ensemble !

Et puis peut-être que les faiseurs d’audimats vont se dire :

Ah un aveugle qui se confronte et confronte les autres à sa particularité en débarquant chez les uns et les autres, nous mettons la lumière sur lui ! Mais la lumière n’est pas la nostalgie de l’aveugle que je suis, ou plutôt elle ne l’est plus, et si elle galope jusqu’à moi, elle ne me détermine plus.

Invitez-moi, pour rien ou pour satisfaire votre curiosité, pour le plaisir de la rencontre, et après le projet accompli de janvier-février 2010 échange de perceptions à Paris patronné par Eric Lange et son émission "allô  la planéte"

Prêtez-moi vos yeux,

Et laissez-moi voir à travers vous,

Je vous prête un autre regard.

Voici une nouvelle mouture prétexte à la relation pour rencontrer la différence :

Si vous voulez tout savoir sur la cécité et ceux qui la porte contactez moi via le blog.

 

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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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Den's 12/01/2014 05:14

On va se connaître. C'est un honneur. Ainsi l'invitation est multi-miroitante ?!
Avec les mots: je suppose que tu peux être un dirigeant.
Tes mots sont ! Émotions ! Et vivons de plein fouet les embruns. Je mélange tout mais j'essaye d'être concis.

Véronique et Philippe Gibaud 27/10/2012 21:02

Merci Jean-Pierre d'avoir contribué par ta venue à améliorer l'aménagement de mon gîte pour les déficient visuels et pour les longues conversations que nous avons eu.
Parce que chaque homme est ce qu'il veut bien être, parce que les gens de coeur ont toujours beaucoup à échanger, parce que les chevaux nous prennent tels que nous sommes, parce que tout parle à
qui sait entendre, la rencontre ne pouvait qu'être formidable chez nous au coeur de Pâturage dans les monts d'Ardèche.

Marion Chavarot 11/09/2012 17:14

S'il n'est pas convenable de demander à des inconnus d'être invité il n'est pas plus convenable de répondre favorablement à une telle démarche.On m'a inculqué qu'il ne faut pas faire entrer un
inconnu chez soi.J'ai entendu jean-Pierre formuler son souhait pendant l'émission"Allô la Planète"d'Eric Lange et j'ai donné la réplique imprudemment à cet impertinent.Comme une petite fille j'ai
caché l'invitation pour ne pas être influencée négativement et faire ainsi ce que je ressentais.Je n'avais rien lu de ce blog.A part le fait qu'il était un aveugle-voyageur je ne connaissais rien
de Jean-Pierre.
Juste au moment de cet appel, je me débattais avec des soucis professionnels consécutifs à un problème de vue.Sans trop d'entrain je me dirigeais vers quelque chose genre retraite pour invalidité
parce que l'environnement m'y poussait.je me suis dit que cet audacieux aveugle allait me prouver que l'imagination fait bifurquer le chemin.Je le savais donc déjà mais il me fallait quelqu'un pour
m'aider à contrebalancer la pression sociale.Entre savoir ce qui doit être fait et agir il y a un grand saut à exécuter.Laisser passer l'opportunité d'échanger avec Jean-Pierre m'aurait
frustrée!
Maintenant je peux justifier aux pisses-vinaigres:"je connais un aveugle qui a fait ça, ça et ça alors moi qui n'aie qu'une déficience de vue je ferai ça!".Jean-Pierre ne m'a évidemment donné aucun
conseil et je n'en demandais pas.J'avais seulement besoin de côtoyer un exemple pour me donner le courage de lutter.En seulement 3 nuits passées chez moi Jean-Pierre est devenu ma canne blanche
pour me diriger dans mon futur.
En marge de cet aspect pragmatique de la rencontre l'univers fabuleux de jean-Pierre s'est révélé.Il utilise ses sens autres que la vue pour explorer son environnement physique et humain d'une
manière , pour moi, totalement exacerbée.J'ai pris un véritable plaisir à lui présenter mon quotidien et mon proche entourage.j'ai vite découvert que son ressenti, sa sorte de vision tellement
différente de la mienne étaient tout aussi efficaces, voire meilleurs dans certains cas.Ses repères et références pour appréhender le monde sont autres.Il est passionnant de tenter se représenter
son paysage et ses bâtiments, ses gens et ses animaux.la vie n'est pas plus vraie comme ci ou comme ça, l'important est d'être dedans et de bien la vivre comme on la sent.Jean-Pierre n'est pas pour
autant le Tout Puissant à qui son handicap aurait donner des pouvoirs exceptionnels.Il a réellement besoin d'un voyant à ses cotés pour quelques gestes quotidiens.Si lui est forcément à l'écoute,
on se doit, voyant,d'exercer plus intensément notre attention envers cet autre.L'aider affine l'échange et la complémentarité.Belle leçon pour sortir de sa routine égocentrique.
La présence de jean-Pierre m'a rappelé combien je sous-exploite mes capacités sensorielles et spirituelles.Je n'en ai aucune honte.En prenant conscience de cela je me suis juste demandé où est la
frontière entre un "handicapé" et un "normal"!Nous sommes tous handicapés de quelque chose.

Amis de ce blog, si vous me lisez, vous avez lu l'article "Invitez-moi!"Vous comprenez donc que l'ambition inouïe de jean-Pierre de créer un lien avec un(e) inconnu(e)juste en ayant la grossièreté
de se faire inviter chez cet(te) étranger(e)a abouti en venant chez moi dans un village isolée dans le cantal.Il a raboté ma peur de l'inconnu, pas seulement celle de l'humain mais celui de mon
avenir.

Invitez-le, il ne vous prendra rien, il vous donnera beaucoup et vous lui donnerez ce certainement quelque chose dont il a besoin.

Ô Buffle ! Merci d'avoir réveiller Jean-Pierre et ainsi lui avoir inspirer cette magnifique idée.

Marion.

Jean-Pierre Brouillaud 13/09/2012 15:22



Marion bonjour et merci pour tes mots dans ce commentaire et surtout ton hospitalité.  j'ai beaucoup aimé respirer en ta compagnie ton petit village d'un des nombreux bouts du monde,
échanger avec tes voisins "es" , marcher dans la forêt, faire tourner ton chat sur le carrelage pour qu'il ne sache plus où il se trouve, boire l'apéritif de chez vous avec son amertume
caractéristique, me régaler avec tes petits plats bien à toi... je pourrais parler de notre rencontre près de la gare d'Aurillac qui a été "burlesque et drôle" mais gardons jalousement
certains souvenirs, ils inspireront d'autres textes un jour ! Marion gardons le contact et revoyons-nous ici ou là, en Auvergne ou en Ardèche ou ailleurs, pourquoi pas ?Et remercions allô la
planète, émission sur le Mouve, Eric Lange et Anneca, car nous nous sommes rencontrés grâce à eux ! belle vie à toi amie.



sarah 09/03/2012 12:30

salut jean-pierre! ravie d'avoir découvert ton projet et échangé quelques mots avec toi dans Allo la planète hier soir! je comprends tout à fait ce que tu veux dire quand tu parles de l'idée de
donner/demander... en fait, le lien commun de nos démarches, c'est que quand on demande quelquechose gratuitement, du coup, c'est une relation qui se créé entre la personne qui donne et celle qui
reçoit. quand on échange de l'argent, c'est juste un échange commercial et rien ne se passe. alors que quand on n'échange pas d'argent, cela devient un échange humain... et je pense que ce qu'on
offre (en échange d'un hébergement comme toi ou d'un billet de concert pour moi), ça vaut beaucoup plus que de l'argent! c'est du lien social, de la rencontre, du vivre ensemble... et je pense que
le monde marcherait beaucoup mieux si on oubliait un peu le facteur argent qui réduit tant la richesse des échanges humains... A bientôt!

Jean-Pierre Brouillaud 14/03/2012 15:53



salut sarah, oui la rencontre libre de l'échange commerciale a une autre saveur, notre "démarche" est similaire en ce sens. Où es-tu en ce moment ?Bises d'ardèche.



Anne-Françoise 08/03/2012 00:20

Quel beau texte, quel souffle, quelle énergie! Qui ne voudrait te recevoir après avoir lu de telles lignes?
Souvent tes phrases me "reconnectent" à une partie de moi, endormie je crois, depuis si longtemps...
Tu es le bienvenu chez nous, dans le Gers, quand tu veux Jean-Pierre...
Amitiés.

fanorise 03/03/2012 22:37

bonjour . Je passe sur votre blog et je vais le lire avant de partir . J'étais au téléphone avec un ami que j'ai connu grâce aux anciens blogs d'orange qui n'existent plus. Cet ami est non voyant
et cela fait 5 ans que nous nous parlons et 4 ans que nous nous rencontrons depuis .
Bon allez je vais faire un tour sur votre blog.
à bientôt

Jean-Pierre Brouillaud 07/03/2012 09:21



bienvenue ! et cet ami aveugle a-t-il accès à l'informatique ?



Françoise Grenier Droesch 02/03/2012 14:26

Je ne sais pas comment tu me liras ... je trouve l'idée audacieuse, par contre serais-tu prêt à prendre l'avion, le train pour rencontrer les autres ? Ca coûtera cher tout ça ? je te souhaite de
belles rencontres !

Jean-Pierre Brouillaud 02/03/2012 14:47



oui Françoise je suis prêt à tout, et ce projet ouvert n'est pas obligé d'être contracté dans le temps, établissons des contacts, invitez-moi et vous verrez comment un aveugle "voit" ! le train,
les avions, l'auto-stop sont mon quotidien, je suis immobile dans le mouvement !



visee jean paul 02/03/2012 12:01

je suis charmé par ce blog et les textes tout en couleurs de cet artiste et écrivain. coup de chapeau à M. Jean Pierre brouillaud

Jean-Pierre Brouillaud 02/03/2012 12:58



merci Jean-Paul, et j'en profite pour remercier mon ami et voisin sculpteur Christian Hornick qui gère l'administration du blog et surtout réalise les montages photos, sans lui il n'y aurait pas
de blog. moi aussi - pour reprendre vos mots, je tire mon chapeau à cet ami, nous devenons une confrérie de tireurs de chapeaux ! mais c'est si bon de dire merci et si dans le sens de la vie .