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Une canne blanche appelée bakchich

Une canne blanche appelée bakchich

"Il y a seux tragédies dans l'existence, l'une est de ne pas réaliser son rêve,

l'autre est de le réaliser".

Oscar Wilde.

 

Pris en auto-stop en 1977 en Grèce, près d'Alexandropolis, je raconte au conducteur allemand comment, après bien des complications, j'ai finalement franchi seul la frontière, il y a de cela environ trois ans, en 1974.

« Les douaniers grecs ne voulaient absolument pas que j'aille seul en Turquie car, selon eux, ce "pays de barbares" était dangereux pour un aveugle voyageant non accompagné. J'eus beau flatter leur patriotique orgueil et user de diplomatie, me mettre en colère et les menacer de faire appel à leur supérieur, rien ne put les faire changer d'avis.

Excédé, mais pas vaincu, je déambulai alors sur le quai de cette petite gare, allumant cigarette après cigarette, donnant de-ci de-là des coups de canne rageurs, et surtout réfléchissant intensément à un moyen pour me rendre seul en Turquie.

Trois américains passant par là me demandèrent si j'avais besoin d'aide, car je ne cessais d'aller et venir tant mon exaspération était grande.

Oh que oui j'avais besoin d'aide !

Et fort à propos, une idée astucieuse me vint à l'esprit.

Je racontai alors ma mésaventure à ces trois voyageurs et je leur demandai s'ils seraient d'accord pour me donner un petit coup de main. Ils acceptèrent joyeusement en affirmant que mon scénario leur convenait.

Je retournai donc seul à la douane et, avec l'énergie du désespoir feint, je m'efforçais une fois de plus de convaincre ces fonctionnaires récalcitrants.

Sur ce, les trois américains firent irruption dans la pièce et me tombèrent dans les bras, comme si nous venions enfin de nous retrouver après une trop longue séparation.

Je pus ainsi, avec ce stratagème cousu de fil blanc, rentrer en Turquie car je n'étais plus seul.

Mais mon séjour à Istanbul ne fut pas évident ; je me demandai parfois même si les douaniers grecs n'avaient pas eu raison de tenter de m'empêcher d'entrer en Turquie.

Une canne blanche appelée bakchich

L'anecdote la plus croustillante, qui me fait sourire aujourd'hui, mais me fit sans doute grimacer dans l'instant, fut quand un enfant m'arracha ma canne blanche et partit en criant :

«Bakchich sir, bakchich».

J'étais là, seul, aveugle, ne parlant pas la langue en cours, ne sachant pas où aller, et je n'avais désormais plus de canne pour au moins déchiffrer mon proche environnement, à savoir un trottoir accidenté.

C'était si inattendu que je n'adoptai aucune attitude convenue, sans doute trop choqué pour me désoler, me rebeller ou agir. Je ne sais pas combien de temps restai-je ainsi en suspension, mais c'est une tape dans le dos, avec un rire un peu gêné, qui me ramenèrent à ma situation présente.

La canne blanche, la mienne, oui, était miraculeusement entre mes mains si étonnées qu'elles ne savaient plus trop quoi faire avec cet objet retrouvé.

L'homme, qui ne parlait que sa langue, s'en alla comme il était venu, c'est-à-dire discrètement.

Je concluai qu'il avait vu l'enfant me dérober ce précieux bâton, mais va savoir, peut-être que le père Noël turc fut saisi de compassion pour cet homme sans regard et totalement démuni !

Mais ne créons pas de nouvelles histoires, certains vont s'en emparer et les transformer en religion. Ils ont déjà fait cela !

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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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anne c 26/12/2009 15:09


J'ai remarqué combien en Turquie l'aide providentielle surgissait de nulle part pour repartir aussitôt dans le Grand Tout.


cesar 25/12/2009 21:59


En écho, une petite histoire :
Au cours de toutes les années de sa jeune vie, Sally n'avait jamais proféré une parole. Sa mère l'avait amenée à tous les spécialistes, sans résultat.
Un matin au petit déjeuner, Sally jette son toast en hurlant : "Ce toast est carbonisé, il est immangeable!"
Sa mère est bouleversée.
"Comment Sally, mais tu parles !" s'exclame-t-elle."Pourquoi n'as-tu jamais parlé pendant toutes ces années ?"
Et Sally répond : "Tout se passait bien jusqu'à maintenant."

***