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deux hommes dans une cheminée

       «Un dieu qui ne sait pas rire n'aurait pas pu créer cet univers humoristique.»

                                                 Sri Aurobindo

 

                                 Nasrudin-2.JPG

    

  Dans certaines histoires initiatiques, avant que ne naisse le dualisme occidental, corps et esprit, vie et mort, les «choses» étaient montrées inséparables les unes des autres. Cette notion, l'interdépendance, est le fondement même du témoignage des sages de toutes les traditions.

L'objet regardé n’est pas séparé de celui qui le regarde.

 

De nombreuses histoires , notamment dans la culture Soufie, insistent sur l'unité et "l'inséparabilité" de ce qui existe, concept aujourd'hui fondamental dans la science quantique.

 Mais, avant de laisser se déployer l’histoire qui vient, introduisons, à ceux qui ne le connaissent pas, l’incomparable Nasrudin.

 

Cet homme légendaire est mon meilleur ami, et je l’expose souvent par la  parole pour ménager nos susceptibilités, car, en fait, en parlant de lui je parle de nous !

 Disons que, dans les traditions moyen-orientales, apparaît souvent un personnage, dont les bouffonneries ou la science de l’être,  défraient souvent les chroniques en renversant les valeurs établies. 

Parfois il est dépeint comme un homme odieux, parfois comme un sage, mais jamais comme un mouton ou un adepte de la norme en cours.

Qu’il soit roublard, ingénieux, de mauvaise foi, de bon conseil ou inspiré, il a l’art et la manière de mettre la plupart du temps son interlocuteur ou son auditoire en déséquilibre.

Il se rit des puissants, des bigots , égratine volontiers l’imam  et fait des crocs-en-jambe aux à prioris et à tous les systèmes établis.

 

On l'appelle généralement, en Asie , Nasrudin Hodja.

Ses histoires innombrables, ses facéties, sont relatées de partout, des marchés d’Asie centrale au nord de l’Inde, en passant par la Turquie, pays d’où il serait originaire, mais aussi de la Syrie à l'Egypte, où il est plus souvent désigné sous le nom de Goha.

 On retrouvera notre homme, adepte du non-sens et de l'humour ravageur,   évoluant dans la tradition populaire juive où le personnage s'appelle Ch'hâ, de même en Afrique du Nord où il est plutôt connu sous le nom de Djeha.

 

Cet homme mythique peut, selon l’humeur du conteur, selon les circonstances, proposer un ahurissant cocktail de candeur, voire de balourdises, sans oublier un goût immodéré pour la provocation  et  la dissimulation ou encore, manifester ce qu'il y a de plus noble dans l'humain.

 

Il exprime toute la palette comportementale de l’humain : ici, menteur ou avare, lâche ou plus obtus que son fidèle compagnon l’âne ; là, faisant preuve d’un discernement renversant. Dans ce cas, il a la capacité d’illuminer avec l’épée tranchante de l'humour et de l'intelligence intuitive, la nuit la plus obscure de ceux qui viennent à lui. Il devient alors le passeur qui désigne le gué entre la rive de l'égoïsme et celle de l'amour, ouvrant les cœurs les plus arides.

 

A Aksehir, petite bourgade Turque, on trouve un tombeau à l’image de sa logique déroutante. Il est ouvert à tous les vents sur trois côtés et fermé par une lourde porte cadenassée sur le quatrième côté. 

 

Il se trouve que Nasrudin qui passe son temps à mettre en déséquilibre l'esprit des auditeurs par des paradoxes et des effets de manches, sembla ce jour-là vouloir concéder à des explications concernant la vision, dite non-duelle, des  hommes de sagesse.

 

Il posa alors à son voisin curieux la question suivante :

 

- Deux hommes descendent par une cheminée. Lorsqu'ils en sortent, l'un a  le visage couvert de suie, l'autre est immaculé. Lequel des deux ira se laver, à ton avis ?

 

- Celui qui est sale, répond le voisin un peu médusé par une question aussi inattendue.

 

-  Non, car celui qui est sale voit le visage propre de l'autre, et croit que le sien l'est aussi.  Quant à celui qui est propre, il aperçoit un visage sale  et il croit que le sien l'est aussi. 

 

-  Ah j'ai compris, s'exclame le voisin plus détendu. Je commence à entrevoir ce qu'est la sagesse : tu ne vois que l’autre ou il n’y a que l’autre et pas de moi. Hein Nasrudin, c’est bien ça la mort de l’égoïsme ?  

 

-  Non, tu n'as rien compris du tout, coupe rudement Nasrudin, car comment veux-tu que de deux  hommes descendus par la même cheminée l'un soit propre  et l'autre sale ?

deux hommes dans une cheminée
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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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Cécile 08/09/2016 09:44

c'est drôle comme cette histoire me parle!