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Zoltan Torey

Zoltan Torey

De la prison de son lit d'hôpital, fiévreux, se détériorant lentement vers

la mort, Zoltan Torey médite sur son infortune.

 

Cet émigré hongrois, qui a fui les nuages de plus en plus sombres de la Guerre Froide il y a un peu plus d'un an, ne reverrait jamais plus - du moins plus comme avant. Ses médecins lui ont expliqué que lorsqu'on perd la vue, bien souvent, au lieu de cesser de fonctionner, le cortex visuel se dérègle, faisant apparaître des hallucinations intenses qui peuvent désorienter et submerger l'individu.
 
Il était donc impératif, lui ont-ils dit, qu'il renonce à toute imagerie visuelle et reconstruise sa représentation mentale de la réalité en s'appuyant sur l'ouïe et le toucher. Mais Z. Torey rejette ce conseil.
Sans personne pour le guider, sans aucun plan ou carte à suivre, il emprunte même la direction diamétralement opposée.

Il allait s'entraîner lui-même, décide-t-il, à tout simplement se servir de son imagination visuelle désormais hyperactive pour se figurer le monde qui l'entoure. Cette décision d'une originalité choquante mais dénotant un courage créatif marquait le commencement de son extraordinaire voyage au-delà des limites de la cécité.

« Dès l'instant où ses bandages lui furent ôtés », écrit le neurologue Oliver Sacks dans la préface de son autobiographie "Out of Darkness", « Zoltan Torey  s'emploie, avec une extraordinaire ténacité, à dompter  son imagerie désormais décuplée, la façonnant pour en faire un instrument de vie et de pensée à la fois souple et fiable. Ainsi, non seulement compense-t-il la perte de sa vue, mais il développe quelque chose qui est presque un nouveau sens, une nouvelle faculté mentale. »


Ce nouveau sens - en essence, la faculté de voir sans voir - allait lui permettre de mener une vie qu'aucun autre aveugle n'avait connue avant lui, faisant du tourisme, regardant le tennis à la télévision, composant une prose recherchée sur une machine à écrire, allant même jusqu'à monter seul sur son toit, à la grande surprise - et frayeur - de ses voisins, pour remplacer toutes les gouttières.
Ce sens l'emmena jusqu'à l'université, dont il ressortit diplômé de psychologie et de philosophie, lui apporta la réussite dans sa carrière de psychologue, et finalement lui permit de s'attaquer à l'un des problèmes les plus inaccessibles de la science comme de la philosophie - l'énigme que constituent la nature et les origines de la conscience.

En effet, Z. Torey allait finir par se lancer dans une méticuleuse quête,
longue de vingt-cinq ans, afin de déchiffrer les rouages de l'esprit conscient, mission dévorante qui porta enfin ses fruits avec la publication de "The Crucible of Consciousness "(1999).
Tentant avec audace de démystifier le processus physique par lequel le cerveau humain donne naissance à la pensée auto-réflexive, son chef-d'oeuvre fut loué par des lauréats du prix Nobel - on en compara même la portée aux découvertes de Darwin et d'Einstein.
Chose intéressante, pourtant, cet ouvrage majeur de la science matérialiste avait été inspiré par un événement apparemment non matériel - une vision de dimension littéralement cosmique qui lui était venue une nuit lors de ses toutes premières semaines dans ce lit de l'hôpital de Sydney.
Déposant tous ses doutes et toutes ses questions, il avait entrepris de réfléchir à sa situation sous un angle qui allait bien au-delà de sa propre petite vie ; comme un catalyseur, cela avait déclenché un profond état de contemplation dans lequel les structures mêmes de l'univers en évolution constante avaient commencé à s'ouvrir à lui.

Ce fut cette révélation qui dévoila à Z. Torey ce qu'il dénomme « la directionnalité manifeste » sous-tendant le processus évolutif, et qui galvanisa sa passion, le conduisant à aller au-delà de ce processus et à chercher à mieux comprendre ce qu'il considérait comme son apogée : la conscience humaine. Comme il le décrit dans son autobiographie, c'est la puissance de cette expérience qui l'arracha aux griffes de la mort.

Zoltan Torey est un scientifique réaliste qui refuse d'interpréter en des termes religieux cette vision qui a changé sa vie. Cette dernière n'en présente pas moins nombre des caractéristiques d'un éveil spirituel, la moindre n'étant pas de l'avoir doté d'une énergie et d'une confiance inébranlables qui semblent ne plus jamais l'avoir quitté.
 Quel que soit le nom qu'on lui donne, ce fut la source de sa motivation et de sa détermination à chercher à comprendre, par la seule fenêtre de sa vision intérieure, quel rôle actif chacun de nous doit jouer dans le déploiement créatif du cosmos.

« Le destin est une chose », écrit cet aveugle peu ordinaire qui a plongé si profondément son regard dans les mystères de la vie et de l'évolution.
 " Ce que nous en faisons en est une autre."

Zoltan Torey
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Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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veronique Weinberger 12/02/2014 21:21

l'homme aurait-il donc d'infinis possibilités ?

anne c 10/02/2010 12:01


Il y a une traduction française de son livre?


mabes 07/02/2010 17:48


Passionnant et effectivement peu connu, merci !