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Un malentendu pour un mal-voyant

Un malentendu pour un mal-voyant

La seule et unique fois où je suis entré dans une boîte de nuit conventionnelle c’était en Israël, à Haïfa. Mais je reconnais, et avec gratitude, que l’élan qui me porte naturellement vers les femmes, m’a souvent amené à me dépasser et parfois même à me rendre là où je ne serais pas allé par moi-même. Et je ne parle pas évidemment que de lieux physiques, tels qu’une boîte de nuit, mais aussi et surtout de plongées intimes qui me permirent d’éclairer mes nocturnités existentielles.

« L’amour rend aveugle, proclame un adage qui aurait besoin de lunettes pour affiner son discernement, aussi faut-il toucher », expliquai-je un soir à une amie qui me reprochait ce qu’elle appelait élégamment mon fonctionnement polygamique. 

J’ai dépensé ma jeunesse dans d’autres lieux de danses et de forts degrés d’alcoolémie, en Afrique ou en Amérique latine. Ces endroits où, fumée, musique, alcools et macérations corporelles se mélangeaient avec plus ou moins de bonheur, alors qu’à Haïfa c’était un night-club, comme disent les anglo-saxons, un lieu clos.

Il y avait là évidemment un videur qui surveillait les entrées et les sorties, laissant entrer les gens qu’il jugeait corrects, bref un de ces lieux qui ne m’attirait pas du tout.

J’avais rencontré Sarah du côté d’Eilat. En fait j’étais moi-même auto-stoppeur et à une pompe à essence, mon avenant conducteur tomba sous le charme de deux jeunes filles en quête d’un véhicule. Durant le voyage un certain magnétisme, aux causes diverses et relevant du mystère à vivre et non à tenter d’expliciter, rapprocha Sarah du passager que je représentais. Elle m’invita à descendre dans sa ville natale, Haïfa, - là où ailleurs cela m’importait peu - vu que je vagabondais sans but, me laissant porter par les à-coups du vent relationnel.

Tim était de la partie. Nous faisions une halte en Israël entre le Moyen-Orient et l’Egypte, expériences en kibboutz et « robinsonnades » dans une oasis, Nueba, léchée par la mer rouge ; Israël était à ce moment-là pour nous une porte vers l’encore lointaine Afrique noire et aussi un lieu pour se re-faire une santé.

Le soir, une fois arrivés à Haïfa, un brin réticent en ce qui me concernait, nous allâmes dans un night-club. J’expliquais à Sarah, ma ravissante guide, que ce genre de lieu représentait pour moi, en tant qu’aveugle, l’équivalence d’une sorte de geôle bruyante où je perdais mes facultés sensorielles, me vivant isolé des autres par le vacarme ambiant.

Isarël 77

Isarël 77

Je l’entends encore rire en volutes de gaieté et tenter d’étouffer mes circonspections avec des baisers de feu et d’eau. Je me laissais faire et la mer toute proche accompagna un temps notre marche vers ce lieu si convoité par Sarah.

Ce qui devait arriver selon mes pâles prédictions se réalisa : je me retrouvais inconfortable dans ce lieu de défoulement, saturé de fumée et de musique. J’étais assis un verre à la main, verre que je faisais durer, me maudissant d’avoir succombé une fois de plus à un projet qui ne me concernait pas, pour des yeux sans aucun doute célestes mais que je ne voyais même pas !

Puis sentant palpiter contre ma propre cuisse la cuisse qui devait appartenir, selon mes déductions, à Sarah, je la caressais légèrement, mais comme elle s’offrait de plus en plus, s’ouvrant comme un livre qui aspire à être lu, je me penchais vers ma voisine désirant lui voler un réconfortant baiser.

Et c’est là que je compris l’aveuglant malentendu !

J’entendis Tim hurler de rire, pourtant le succès du moment, Hotel California égrenait avec force décibel son solo de guitare, tandis que Sarah croisait le fer de sa voix avec celle de ma voisine. On peut dire qu’il pleuvait de la véhémence en Hébreu, éblouissant langage pour célébrer l’emportement autant que l’amour.

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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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