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Peur de l'étranger

Peur de l'étranger

« Pourquoi Jean-Pierre as-tu ouvert un blog ? »

 

« Pour témoigner que si nous n’osons pas faire ce qui nous vient sous forme d’élans, ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas, mais parce que nous pouvons, et c’est cela qui nous fait précisément peur.

Nous n’avons peur que de nous, parce que nous nous racontons des histoires auxquelles nous croyons les yeux fermés, où il est question de moi, David, l’apparent petit, et du reste, le monde, le géant Goliath. C’est une berceuse qui répète de génération en génération que de toute façon c’est perdu d’avance, parce que le grand méchant loup va me croquer !

Une berceuse qui nous raconte que le bonheur est lié aux choses et situations à atteindre, que la maladie et la mort viennent de dehors, que les ennemis ne relèvent pas que de notre propre création, mais la berceuse nous a endormis, secouons-nous et ouvrons grand les yeux et attendons que David affronte véritablement Goliath, ou plutôt que David découvre que Goliath est en lui, ainsi il n’aura plus à le combattre mais à l’accueillir tel qu’il est !

Mais de qui ai-je peur ?

Ne serait-ce pas d’un étranger qui s’appellerait moi, tout simplement parce que je suis étranger à moi-même ?

En fait c’est un blog pour tisser des liens non aliénants entre nous, pour ouvrir et offrir un espace de partage, surtout pas pour quelque chose de connu ; et reste ta question, amie, qui n’aura pas de réponse, parce que je ne sais pas et ne cherche plus à savoir pourquoi je fais ceci ou cela.

Je le fais, un point c’est tout !

Et une histoire me vient, je la hume, elle tourne autour de nous, prêtons-lui des mots, veux-tu ?

          Il était une fois un homme prostré sur un trottoir. Il pleurait, pleurait, et se frappait la poitrine. Et plus il repassait son film dans sa tête et plus il pleurait.

Il y avait foule ce jour-là car c'était le marché aux bestiaux.

Tout le monde détournait la tête car le spectacle de cet homme accablé avait quelque chose d'insoutenable.

Un des villageois, qui avait la réputation d'être un homme de coeur, s'arrêta à sa hauteur et, plein d'attention, l'interrogea :

- Qu'as-tu mon ami ?

L'homme, entre deux sanglots, bégaya :

- Ma femme est veuve.

- Mais, voyons, lui répondit le passant interloqué, comment ta femme pourrait-elle être veuve, alors que toi tu es vivant ?

- Mais je vois bien monsieur que vous ne me croyez pas, pourtant c'est vrai, je vous l'assure. C'est quelqu'un dont la parole a du poids qui me l'a dit.

Alors l'homme qui avait les yeux mangés par un perpétuel éclat de rire, lui dit :

- Vous ressemblez mon ami à ce célibataire qui achète un revolver dans une armurerie et qui attend l'amant de sa femme pour le tuer dans les rues désertes de minuit. On appelle cela l'art de donner du pouvoir à ce qui n'existe pas en soi.

A moins cinq de minuit notre homme se confond dans les ténèbres, solidement décidé à supprimer la cause de son humiliation.

A minuit sonnant il est concentré sur tout ce qui bouge, voyant de partout venir l'ennemi, dans la feuille d'automne qui tremble comme dans les battements de son propre coeur.

A minuit et quart il est dévoré d'impatience et de nervosité.

Quand la cloche sonne pour la demie, il fait un bond comme s'il venait d'être pris en flagrant délit. Une idée, absolument

terrifiante, le traverse :

" Mais qu'est-ce que je fous ici, bon dieu, à attendre l'amant de ma femme alors que je n'ai jamais été marié ! "

Sommes-nous mariés avec le monde ?

Est-ce le monde qui attend quelque chose ou moi , le mendiant, qui attend qu’il me donne quelque chose ?

Et s’il n’y avait aucun ennemi, hormis celui de mes peurs ?

Et s’il n’y avait que des histoires que nous nous racontons ?

 

 

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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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