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Sexualité refoulée et pulsions de violence

Sexualité refoulée et pulsions de violence

J’ai vingt ans. Pendant une semaine à Amman, capitale du royaume de Jordanie, du Djebel Al-Weibdeh, quartier résidentiel au Djebel Al Ashrafia, colline où s'entassent les palestiniens, nous ne cessons de provoquer des invitations.

Nous participons à une fête car un de nos voisins de pallier s'est acheté ou va s'acheter une femme.

Conviés aux réjouissances, nous pénétrons dans une pièce enfumée occupée exclusivement par des hommes en liesse qui dansent aux sons de percussions frappées énergiquement. On dirait que le rythme est sciemment adopté pour transporter les participants vers des paroxysmes, puis des modulations savantes dégonflent l'enthousiasme avant de remonter crescendo.

Parfois la cadence accélère tellement que pour l’épouser avec le Corps, il n'est plus possible de glisser la moindre pensée entre le danseur et la forme de son expression. Si l'on s'offre à un tel rythme, disparaissent toutes images esthétiques que l'on voudrait donner de soi.

Sexualité refoulée et pulsions de violence

Ibrahim, notre hôte, celui qui nous a entraîné dans cette fête, m'invite à danser.

J'accepte.

Je ne pouvais tout de même pas prévoir la suite des événements.

Dès les premiers pas je dois repousser énergiquement son sexe conquérant et ses mains caressantes, convaincu que cette pratique n'appartient pas

obligatoirement aux traditions locales. Mais il revient à la charge avec une telle obstination que je finis par le rejeter agressivement contre d'autres danseurs en l'injuriant dans sa propre langue.

S'ensuit une regrettable conclusion.

Coûte que coûte je veux fuir ces excités, prendre une chambre dans un hôtel, m'en aller au diable s'il le faut !

Je réclame ma canne blanche pliable à Tim mais il a beau la chercher il ne la retrouve pas. Ibrahim ricane, méprisant. Je devine alors qu'il l'a cachée.

Hargneux, je lui dis en Anglais d'aller se vider manuellement et autre part les glandes pour s'apaiser.

La musique ne tarde pas à s'interrompre et les danseurs commencent à faire cercle autour de nous.

Tim craint un pugilat général et m'invite à le suivre dans la cour, prétextant une envie pressante. Au passage, nous raflons nos sacs à l’étage du dessus, dans la chambre entrouverte d'Ibrahim, puis nous nous évanouissons dans un dédale de rues qui serpentent, étroites et pentues, entre des maisons aux murs lépreux.

Je me résigne à contrecœur à la perte de ma canne tandis que nous dégringolons des venelles sans éclairage qui finissent par déboucher sur une avenue ruisselante de lampadaires.

Par bonheur dans mon sac je possède une canne blanche et pliable de secours.

Je constate que c'est la première fois qu'un musulman manifeste un geste irrespectueux à l'égard de mon handicap.

Ignorant tout à fait où nous nous trouvons, nous questionnons deux tardifs passants palestiniens. Non seulement ils nous invitent chez eux, près de l'amphithéâtre romain, mais chemin faisant Nurdin nous propose une telle énormité que, craignant de ne pas l'avoir bien compris, nous lui faisons répéter deux fois :

" Voulez-vous venir avec nous faire la guerre au Liban ? Nous avons

trois semaines de vacances. Des amis nous attendent, ils ont des armes automatiques. Si vous voulez apprendre à tirer (je pense qu'il s'adresse à Tim, le"you" anglais ne dissociant pas le singulier du pluriel), nous connaissons près d'Amman un terrain d'entraînement ".

Je pensai - et je signe encore aujourd’hui - que si ces hommes avaient une sexualité plus épanouie, ils ne prendraient pas la guerre pour des vacances !

Je crois que je me souviendrai de cette invitation spectaculaire jusqu'au bout de ma vie, même si elle est longue et mouvementée.

J'imaginai, tout en suivant ces deux jeunes Palestiniens, une agence de voyage à sensations fortes proposant à ses clients blasés un stage de guérilla : Deux semaines avec possibilité de non-retour dans les Andes Péruviennes, encadré par les rebelles du sentier lumineux.

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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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Yves 24/02/2016 10:28

Excellent !!!

veronique Weinberger 09/02/2014 15:29

on peut se poser la question pourquoi les religions et qui a intérêt à ce que les humains ne puissent connaître l'épanouissement sexuel . . . ?