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Quand le destin prend la forme d'un chapeau

Quand le destin prend la forme d'un chapeau

 N’ayons pas la mémoire en déliquescence, n’oublions pas ces moments harmonieux où l'on ne peut plus croire que les choses arrivent par pur hasard. Je me souviens de la belle et étonnante histoire des chapeaux qui prirent, en s’envolant, la forme du destin, pour réunir, à l'autre bout de la planète, un homme et une femme.

Je revisite cette troublante concordance. Cet événement qui me semblait relever du surnaturel, les fameux hasards extraordinaires que Jung appelle synchronicités.

J’étais assis sous une « varangue », sirotant avec des amis réunionnais un rhum arrangé.

C'était une conversation d'approche avec leurs voisins qui venaient de se joindre à nous :

Moi :

 - « D'où venez-vous ?

Vous paraissez madame être zoreille, n'est-ce pas ? Et votre mari semble manifestement originaire de l'île de la Réunion ?  Etc., etc. »

Je ne m'attendais pas à entendre une de ces histoires vraies où l'on se demande si le narrateur est un mystificateur, ou si, tout de même, cela ne se pourrait pas que la vie elle-même soit un véritable conte de fée.

Donc cette femme assise dans un fauteuil en osier, sur les hauts

de l'île de la Réunion, me raconta :

 - « Figurez-vous, Jean-Pierre, qu'un jour de grand vent, sur une plage de la côte méditerranéenne, pas très éloignée de Marseille, mon chapeau s'envole.

 

Quand le destin prend la forme d'un chapeau

Je m'apprête à me lever pour le poursuivre, et je m'aperçois qu'un homme de couleur - (je n'aurais su dire de quelle origine) - a déjà saisi le fuyard. Avec l'aisance qui souvent caractérise les gens de sa race, le chapeau à la main, il se dirige vers moi, avec un grand naturel. Nous échangeons quelques mots où se mêlent politesse et humour. Il m'apprend qu'il est de l'île de la Réunion. Je me souviens qu'à l'époque je ne savais pas très bien situer ce département d'outre-mer, mais je fis comme si de rien n'était. Je crois que jamais plus je ne songeais à cet incident.

Quelques années plus tard, quatre ou cinq, je fus mutée par mon administration à Saint-Denis. J'étais ravie, j'avais envie de voir du pays et comme je ne suis pas efficace pour les langues étrangères, j'étais doublement enchantée d'aller travailler et de vivre avec des gens qui parlaient français.

Un jour de vent, sur une plage, cette fois-ci face au lagon, à Saint Gilles, mon chapeau - (un autre) - décolla de ma tête.

Un homme de couleur se leva avant même que j'eusse le temps de le faire. Il alla récupérer le chapeau fugueur coincé dans les racines désensablées des filaos. Et je crois que nous nous sommes reconnus en même temps.

Rogers a ouvert grand la bouche sur un long « ah ! » de surprise. Il avait les yeux écarquillés. Il est resté un moment sans bouger, un pied en l'air, le chapeau au bout de sa main droite tendue vers moi. Il demeura, du moins c’est ainsi que je le vécus, un long, très long moment figé par la stupéfaction. Je ne saurais dire si les gens qui étaient autour de nous ont ou n’ont pas remarqué quelque chose d'anormal.

Au bout d'un moment, je me suis levée, j'ai fait un pas vers cet homme étrangement immobile et j'ai éclaté de rire en répétant un peu bêtement :

« Alors ça vraiment c'est pas croyable ! »

Là je suppose que les touristes et autres baigneurs nous regardèrent, car j'étais plutôt démonstrative. Et lui, - j’eus l’impression qu’elle désigna du doigt ou du menton son compagnon qui devait contempler en contrebas les activités portuaires de Saint-Paul -, il ne bougeait pas. C'était une statue avec un chapeau à la main. Il était impressionnant, peut-être même un peu effrayant. Et je me suis entendu lui proposer :

« Si on allait prendre un verre au bar de la plage pour commémorer

cet heureux hasard ? »

IL m'a suivi sans commentaire, le chapeau à la main. Et c'est

moi-même qui le lui ai réclamé. Le soleil tombait à-pic et je craignais pour ma tête. Il me l'a rendu sans cérémonial. Nous avons pris un jus de mangue fraîche, et .... »

Elle dut faire un geste gracieux et avoir un sourire pour son compagnon qui, je suppose, le lui rendit.

Parfois je me demande s'il arrive encore aujourd’hui à Chloé de perdre son chapeau !

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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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