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Enfance

Enfance
Enfance

" L'enfant à peine né diffuse un temps, autour de lui, la clarté de cet autre royaume dont la naissance vient de l'arracher.
L'unité originelle dont sa venue au monde le sépare emplit encore ses prunelles d'une sérénité et d'une gravité telles qu'il arrive, à celui qui s'y penche, d'y sombrer corps et âme. "
                                                Christiane Singer




L’Enfance

On ne transmet à un enfant rien d'autre que ce que l'on est, surtout pas ce que l'on voudrait être ou, à coup de principe et de raisonnement, ce que nous souhaiterions qu'il devienne.
On peut l'informer sur nos croyances, lui rabâcher que nous souhaiterions
qu'il pense ainsi ou se comporte de telle manière, mais ce sont autant de gouttes de pluies sur un imperméable. ça ne se mélange pas à son dedans.
En revanche ce que l'on est, en deçà de nos discours, ça rentre en lui.
On ne transmet jamais ce que l'on croit être, une croyance, un idéal, mais ce que l'on est, c'est-à-dire notre vécu présent, l'actualisation de nous-même.
Quant aux règles, principes, morales, ce sont des informations, l’enfant peut se les approprier, mais ça ne le transforme pas en profondeur.
On ne fait pas croître une rose avec des idées sur la botanique mais avec de la terre fertile, de l'eau, de la lumière et de la patience ; et avant tout avec l’assentiment de l’univers entier. Ainsi en va-t-il avec les enfants.

« Qu'est-ce qu'ils font les parents ? » - disait Charles Juliet, au cours d'un entretien avec Christian Bobin - « Ils font deux choses : ils vous donnent la vie et ils vous empêchent de vivre .»

Comment Anna, toi qui est liée avec celui que tu appelais Mister God, ne pas, ne plus poser sur l'enfant que la vie nous confie, l'aile protectrice de nos bonnes intentions ?
Comment aimer ?

Je nous pose des questions qui n'ont de réponses que dans l'extinction des questions.
Comment pourrions-nous aimer sans être soi l'amour ?

Gilles Farcet, dans un petit livre magnifique qui s'intitule: "Lettres d'un père à sa fille", préfacé par mon ami Yvan Amar, écrit à sa fille Morgane :

" Maître de chaos, tu l'es aussi de détachement : aimer un enfant n'est certes pas le posséder. Je ne t'aime aujourd'hui que pour te rendre capable de me quitter demain, et c'est très bien ainsi. "

Ce que les parents espèrent concernant leurs enfants c'est qu'ils ne soient pas malheureux, évidemment ! Mais on ne peut pas éviter les épreuves à ceux que l'on aime.
Pour débusquer cette vérité-là, il convient que nos ambitions soient reconnues pour ce qu'elles sont, les ruines d'une citadelle imaginaire.
En fait, la première et la dernière, la seule au bout du compte de toutes les ambitions à mettre en faillite, c'est celle de se prendre pour quelqu'un qui sait, qui peut, qui veut.
Dans savoir, pouvoir, vouloir, il y a toute l'arrogance juvénile de l'homme qui se fait croire que grâce à sa connaissance, son ascendance, sa volonté, il infléchira la vie, l'autre.
Mais on ne peut pas faire grand chose pour l'autre sinon s'alléger soi-même des chaînes de la culpabilité, du poids de l'orgueil et de la peur.
Et surtout, surtout, découvrir qui nous sommes, ou si tu préfères, qui nous ne sommes pas.

L'amour est plus une adhérence à l'inconnaissable de l'autre qu'une volonté de le rendre heureux.

Il ne devrait y avoir dans l'accompagnement à l’autre, enfants ou vieillards, aucune trace de dévouement, uniquement de l'affirmation et non de l’abnégation comme voudraient nous le faire croire ceux qui idolâtrent le sacrifice. L'abnégation procède d'une volonté, l'affirmation d'une ouverture, d'un lâcher prise au mensonge , d’une reconnaissance intime que l’autre et moi sommes reliés.
Le sacrifice est une manière abjecte de placer son espoir en quelqu'un avec l'attente de la fructification. C'est une sorte de boursicotage.

Un jour, pas si lointain, où j'étais chez mes parents, quelqu'un sonne.
Ma mère entrouvre la porte et découvre un marchand de tapis.
Je m'attends à ce qu'elle le congédie poliment en lui disant 
« Non, merci monsieur, je n'ai pas besoin de tapis. »
Mais ce qui sort de sa bouche me montre d'un seul coup tout un pan de l'éducation que j'ai reçu :
« Vous comprenez monsieur j'ai un enfant aveugle à élever. »
Elle se sert de moi, du moi du dehors, celui qui appartient à tout le monde, à l'apparence. Oh oui ! elle le fait à son insu, cette mère que j'aime en dépit de ce qu'elle est, représente, et c'est sans doute pour ne pas prendre sa place car elle a peur d'exister, peur de s'affirmer. Elle n'ose pas s'opposer en refusant, alors elle se justifie en faisant allusion à ses difficultés. Mais j'ai à cette époque plus de 35 ans et je ne dépends plus financièrement de mes parents, et depuis longtemps.

 

Toutes les créatures aspirent à être accompagnées par notre lumière lavée de toute volonté. Cette lumière, cet espace, nous sont commun.
Mais Combien regardent sereinement leur enfant en proie à un caprice et non plus l'ange qu'il fut et qu'il pourrait être encore?
Qui se contente de la vérité nue, celle qui nous rend aussi nus qu'elle ?

Le mensonge fait souffrir car il maintient l'espérance.
L'espérance fait souffrir car elle alimente le mensonge.


L'apanage des enfants c'est que personne ne leur réclame de raison d'être, de plaidoiries et justificatifs sur leurs faits et gestes. Pendant cette période bénie ils sont dispensés de réponses.
Il ne viendrait pas à un adulte l'idée de demander à un enfant qui il est, car, pense-t-il, il ne le sait pas. Et c'est précisément dans ce non savoir que l'enfant repose en paix, dans une paix qui n'est pas l'aboutissement d'une lutte, mais un espace que tout traverse, sans retenue, sans cloisonnement.
Mais ses éducateurs vont lui apprendre qui il est, ou, plutôt, pour qui il doit se prendre désormais. Ils vont lui enseigner ce qu'il doit répondre pour avoir sa carte au club humain.
Alors il livre son nom, son âge, etc., quand il est interrogé, et les adultes sont satisfaits ou font semblant de l'être. Mais quand l’enfant a dit et redit :

« Je m’appelle Leïla et j'ai 4 ans et demi », il n'a rien dit de lui. Il a tout au plus additionné de l'ombre à la nuit, ce qui n'empêche pas les étoiles de briller pour lui qui sait encore les voir et s'en délecter.
Et quand on lui a éperdument martelé qui il est, qui il doit devenir, ou pire encore, qui il aurait pu, ou dû, devenir, si ... et ce "si" est un des noms les plus terribles de la souffrance, la création de l'enfer du mensonge et des conflits, on lui dit que désormais il est une personne.
Et le voilà lâché dans la forêt de l'existence, avec la peur du loup.
Avec des désirs dont les têtes repoussent comme dans la légende de l'hydre, à chaque fois qu'une satisfaction les comble.
Avec l'envie instinctive d'immortalité sans mode d'emploi.
Avec, avec bien sûr la nostalgie de l'enfance, dont on lui explique à tort qu'elle est derrière lui, perdue à tout jamais.

Mais perdu à tout jamais ça ne rentre pas en lui. Il ne peut pas y croire. Heureusement. Alors il la cherche partout, au début dehors, puis il retourne son attention vers le dedans. Mais il y aura le risque trop courant qu'il se réfugie sous des parapluies de convenances, s'abrite dans le mensonge de ceux qui ont des devoirs et des droits, de ceux qui ont égaré la clef de l'amour et feignent de l'ignorer.
Tout cela va dépendre de son naître sur le grand tableau de l'évolution.

Idolâtrer ce qui asservit: voilà comment on ouvre les portes de l'enfer !

Un proverbe Arabe dit:

« Quand on t'offre un paradis, prends garde, car il est inéluctablement enchaîné à un enfer. »


La paix de l'enfant, quand celui-ci n'est pas prématurément meurtri par des déséquilibrés, provient du fait qu'il ne se définit pas encore en faisant de chaque perception un objet. Il est ce qu'il voit, ressent, pense, respire, ainsi de suite, mais il ne le sait pas.
La notion d'ici, géographiquement du côté de l'enfant, n'existe pas encore dans son vivre car l'enfant ne se coupe pas en se séparant de l'expérience en cours. Par conséquent, s'il n'y a rien de son côté, pas encore trop d'histoire personnelle, de coloration, il ne peut y avoir un là-bas car là-bas implique un ici, une référence.
C'est en vertu de ce vivre sans confrontation que l'enfant n'aspire pas à être quelqu'un d'autre, à aller quelque part, car il n'y a pas d'ailleurs, ni de demain déterminant pour celui qui joue dans l'éternelle actualité.

 

L'enfant avant d'être une répétition de l'apprentissage est beau. Beau de lui-même. D'une beauté sans référence. Et c'est en qualité de cela qu'il attire nombre d'adultes.

Dans cette attraction, en soi naturelle, les grandes personnes y apportent souvent leurs problématiques: sexe, pouvoir, savoir, détermination, et par là même salissent ce lieu qui est le miroir de toutes les âmes incendiées de vie.

Faites entrer un enfant dans une maison de retraite et observez le visage de ces vieilles gens, souvent laissées pour compte, écoutez ce qu'ils disent, voyez les sourires redonner de la lumière à ces visages scellés par la cire de l'abandon.

Observez comme la Vie appelle la Vie !

 

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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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veronique Weinberger 12/02/2014 20:18

Finalement , j'ai compris : ce sont mes enfants qui m'ont éduqués , avant tout. Si je n'étais intimement convaincue qu'il n'y a pas de hasard , que tout a un sens , je ne me pardonnerai jamais mon
inconscience et mon ignorance !