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A Patrick Adrien et au service désintéressé

 A Patrick Adrien et au service désintéressé

J’ai rencontré Patrick Adrien en Amérique du sud en 1987. Il était alors photographe. Aujourd’hui il enseigne le yoga à Asnières.
Si vous aimez les anecdotes croustillantes, je vais relater ici la genèse de notre amitié
La première fois nous nous sommes croisés à l’aéroport de Bogota, aux toilettes, apparemment, où tu m’as appris que pour rentrer en Equateur désormais les français avaient besoin d’un visa. Nous n’en avions pas, – je voyageais avec Marie, la maman de Leïla.
En arrivant à Quito les douaniers découvrant que nous n’avons pas ce foutu document nous isolent du reste des voyageurs et nous apprennent qu’ils ne peuvent pas nous accepter dans leur pays.
– Mais qu’allez-vous faire de nous alors?
– Vous mettre sur l’avion de Francfort qui rentre en Europe dans une heure.
Je marchande, parlemente, demande à rencontrer le grand manitou de l’immigration, mais rien n’y fait, l’avion pour l’Allemagne est déjà en retard à cause de nous, les passagers s’impatientent, les douaniers commencent à s’énerver, à nous bousculer avec encore un soupçon de respect. Déplorant que mes arguments ne fassent pas fléchir leur positionnement, je voudrais appeler l’ambassade de France, mais ils ne veulent pas me fournir l’accès à un téléphone. Mierda mierda et mierda, Nous ne voulons absolument pas rentrer en Europe, nous avons planifié un voyage de deux mois en Equateur et à cause d’un visa manquant qu’ils pourraient avec un peu de bonne volonté nous délivrer, ce désir de voyage va s’évaporer comme par désenchantement ! Non, je refuse d’y croire, pourtant tout me dit le contraire.
Alors me vient l’idée désespérée et plutôt saugrenue de perdre volontairement un œil quand les autorités équatoriennes vont nous traîner de force dans l’avion en partance pour l’Allemagne. J’imagine à travers ma défensive naïveté romantique que si une de mes deux prothèses oculaires s’échappe de mon orbite, ils seront contraints de m’envoyer en ville, à Quito, vers un hôpital. Je rêve, mais c’est mon ultime rempart de protection contre le réel que je ne peux accepter tellement il semble contraire à ce que j’espère. Et d’un seul coup quelque chose change dans l’attitude des douaniers. L’avion reçoit l’autorisation de s’envoler vers Francfort. Nous sommes convoqués dans un bureau. Un responsable nous apprend qu’un touriste, un certain Patrick Adrien, avec sa compagne Pascale, après avoir franchi la douane, au lieu d’endosser son rôle de routard avide de découvertes immédiates, s’est occupé efficacement de notre cas. Avec Pascale qui enseigne l’espagnol, ils ont appelé les services d’immigration en ville et obtenu un rendez-vous avec le caïd qui nous reçoit, nous délivre ce foutu visa assortit d’une amende qui me paraît peanuts en
 regard de l’avion qui nous attendait pour un retour contraint en Europe.
Le soir même nous devenons amis autour d’un petit verre d’eau-de-vie locale bu dans les ruelles pentues de Quito et décidons de voyager ensemble à travers le plateau andin jusqu’à Vilca Bamba. Auto-stop et autres anecdotes vécues dans le quotidien d’un voyage partagé nous rapprochèrent.


Voilà Patrick Adrien, voilà le bonhomme !
Je peux écrire en toute limpidité que son geste désintéressé dans l’aéroport de Quito envers les deux étrangers en difficulté que nous étions, m’a profondément marqué.
je crois que l'intelligence n’a de valeur qu'au service de l'amour.

 

Nous nous sommes perdus de vue une quinzaine d’années.
Patrick, qui entre temps était devenu webmaster, a découvert mon blog. Puis nous nous sommes recontactés à travers facebook.

Souvent l'égoïsme de nos contemporains nous dérange parce qu'il s'oppose au nôtre, perspective tronquée qui nous dispense de voir et d’accueillir l’Autre, la différence qui nous enrichit. Patrick ce jour-là en la lointaine Amérique latine tes yeux étaient grand ouverts sur les autres, ça ne m’étonne pas plus que cela que tu aies fini par découvrir le yoga, ce chemin de présence qui réconcilie l’homme avec ce qui est.

 A Patrick Adrien et au service désintéressé

Mais notre histoire continue à me surprendre.
Tu habites Asnières-sur-Seine et surprise... le dimanche 12 juin 2016 je suis invité à la journée du livre, précisément de cette ville et de plus nominé pour " Aller voir ailleurs ". Ce n’est pas fini, à croire que tu me portes chance ! ( que vous me portez chance car Pascale y vit aussi),
 mon éditeur m’apprend que mon livre remporte le prix...

 A Patrick Adrien et au service désintéressé

Dans la salle de mariage de la mairie, après les dédicaces d’usage dans le superbe château d’Asnières, un verre de champagne célèbre notre amitié.

 A Patrick Adrien et au service désintéressé

«Il n’est pas question d’attacher deux oiseaux ensemble: ils sont incapables de voler, ­pourtant ils ont deux fois plus d'ailes», disent les soufis.

 A Patrick Adrien et au service désintéressé
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Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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CARLE Bernadette 24/06/2016 07:05

Bonjour JEAN PIERRE. Magnifique cette Histoire, cette rencontre. J'adore te lire.

Bonne continuation. Bernadette