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Nous ne sommes pas toujours fiers d’être voyageurs

statuette antique-Ephèse

statuette antique-Ephèse

Le plus solaire des homme fait de l’ombre

à celui qui tente de le suivre,

Mais un jour de miracle Arthur s’est extirpé des décombres,

Il a écrit le bateau ivre.

 

Dans la nuit des ruelles de hyènes errantes,

Maelström et ithyphallique,

Les mots clair-obscurs de Rimbaud me hantent,

Je sais qu’ils ne sont pas amphigouriques.

 

Ce sont des mots de bohémiens et de grâce,

Des rapsodies de synesthésie,

Un chemin de vie sans mémoire et sans trace

Qui ne parlent qu’aux cœurs ravagés par l’ivresse de l’ambroisie.

 

Le poète n’est ni dans le passé ni dans l’histoire,

même la feuille morte sur un terrain vague le dit,

Il a déréglé ses sens, effacé les miroirs,

Éteint flammes des enfers et transports des paradis.

 

Ici réprouvé, maudit, martyr ; là, saint, génie,

Il a écrit sans le vouloir avec des mots de sel, d’espace et de granit

Des mots qui élargissent notre soif à l’infini.

Je marche dans Harar, le soleil est à son zénith.

 

Fouets cinglants d’arômes de café, odeurs vertes du Qât, diverses fétidités,

Vous, sir Richard Francis Burton, déguisé en commerçant musulman,

Au milieu du siècle dix-neuf, vous avez été le premier étranger à pénétrer cette cité,

Mais dites-moi, avant Arthur Rimbaud, s’était comment?

 

Avant les voitures, les portables, l’électricité,

Les chiens errants erraient-ils ? les miséreux miséraient-ils ?

Dites-moi, ce mort sur le trottoir, est-il une exsudation de la modernité ?

Dites-moi Sir, à votre époque, des passants indifférents passaient-ils ?

 

Ethiopian Télécom : – une carte sim pour vous – merci.

Ma main d’aveugle erre machinalement sur le bureau encombré de l’honorable fonctionnaire,

Rimbaud, Burton, le cadavre dans la rue poignardé d’une lumière à-pic qui crie,

Non monsieur, ce n’est pas le dormeur du Val, ce n’est pas la guerre, c’est la misère !

 

Un rugissement rubescent monte de mes entrailles.

Avec des birrs j’achète de la communication ; et lui le mort du trottoir, a-t-il un passé ?

Dans mes tripes en ébullition rôde une fureur en foudre, en foutre et en mitraille ;

Mais d’où vient cette indifférence qui transforme nos frères en trépassés,

 

Je vagabonde sous le ciel d’Ethiopie avec un cœur ulcéré en sautoir.

Près de ce bureau plein d’ordis un trottoir anonyme sur lequel on meurt.

En 1891, évacué sur une civière, Arthur pressentait-t-il la fin de son histoire ?

En janvier 2016, avec Lilian, nous ne sommes pas toujours fiers d’être voyageurs.

Maison où vécu Rimbaud à Harar, Ethiopie.

Maison où vécu Rimbaud à Harar, Ethiopie.

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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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éva 25/03/2016 18:15

L'Afrique t'a fait poète Jean-Pierre...