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Pythie et résiné

Pythie et résiné

Je m’envole vers la Grèce, incontestable berceau de la démocratie et creuset de notre culture. Mais, et surtout, vers la Grèce d’aujourd’hui, celle qui ose les changements.

Tant d’hommes, de mythes et de pensées semblent m’y inviter.

Par exemple, Pothos, dieu de l’envie, du désir est le frère d’Eros mais aucune légende ne le porte. Comment dire le désir ?

Je me demande si sous mon désir de terre Hellénique, ne se cacherait pas la voix tonitruante de mon facétieux ami Alexis Zorba !

Je salue le stoïcisme qui prône une stabilité d’âme devant la douleur et l’adversité et je lève mon chapeau, devant le dénuement de Diogène le cynique, qui se riait de toutes les formes de pouvoir. Ne dit-il pas au puissant Alexandre le Grand : “ ôte-toi de mon soleil ”.

Je suis certain qu’un petit fils d’Ulysse, en jean et basket, m’attend dans un port de la mer Ionienne ou sur l’île d’Ithaque. Sa Pénélope de femme, dont la fidélité demeure proverbial, aujourd’hui a forcément un smartphone et fait un tout autre usage de la toile !

Je pense même qu’il m’adressera la parole, peut-être pour racheter son aïeul qui creva l’oeil unique du cyclope.

les Météores

les Météores

Mais que sait-on de la matrice de nos actes ? Je rêve, dans les montagnes de Météores, d’être guidé par un volubile mendiant aveugle.

Il me parlerait par symboles interposés.

Saura-t-il qu’il tient sa faconde imagée d’un lointain parent qui écrivit l’Iliade et l’Odyssée ?

En parlant de mythe, je pense en tout premier lieu au titan Prométhée qui vola le feu à Zeus pour sauver l’humanité.

Apporter le feu aux hommes, n’est-ce pas comme redonner la vue à l'aveugle? 

Prométhée enchaîné

Prométhée enchaîné

Je salue en passant Phosphoros qui personnifiait celui qui donnait la lumière sous la forme de l’aurore.

Et à propos de lumière et de cécité, je songe à Phinée qui fut privé de la vue, les dieux lui reprochant de voir avec trop de zèle l’avenir des humains.

Je n’oublie pas le chasseur géant Orion, punit de la cécité pour le viol de Méropé et transformé en constellation par la déesse Artémis, ni Oedipe qui se creva les yeux.

Me conduirez-vous, avec votre maïeutique, monsieur Socrate, à voir le pourquoi des choses ?

Pourquoi cette distribution de nuit dans les regards ?

Pourquoi la nuit dans l’esprit des hommes ?

Qui sait, peut-être une parole « oraculaire » m’attend et m’éclairera enfin sur le pourquoi de la cécité qui «nuite» mes yeux depuis plus de quarante années !

Je me questionne : suis-je devenu aveugle parce que, dans une vie lointaine, j’aurai surpris la chaste Athéna nue, comme le devin Tirésia à qui elle enleva la vue pour le punir ?

Ce qui est certain, un dionysiaque soir, je boirai du résiné à perdre la raison et je partirai seul dans la nuit où rôdent les pythies oubliées par nos esprits engourdis de savoirs prétencieux. Peut-être même que dans un froissement soyeux de nuit, Argos m’apparaîtra, celui dont l’autre nom était Panoptès, celui qui voit tout. 

Je me souviens qu’Athéna, après avoir rendu aveugle Tirésia, purifia son audition pour le rendre clair-audiant, donc devin. Puis elle lui procura un bâton de cornouiller, ancêtre de la canne blanche, pour qu’il marche le monde à l’envie.

Toute proportion gardée, cette allusion à Tirésia m’évoque un souvenir récent. A Marrakech, m’est arrivé une petite aventure avec les aveugles qui, s’ils ne rendent pas les oracles comme Tirésia, dans la Grèce antique, restent des intermédiaires entre le Ciel et la terre

A la zaouia de Sidi Bel Abbès, je me suis retrouvé assis avec mes frères sans regard. Des fidèles défilent dans ce lieu sombre pour nous demander d’intercéder auprès du saint du lieu : Un homme désire ne plus être pauvre, nous écoutons sa requête, et nous prions à l’unisson, ou presque, -moi je me contente de scander les chants d’un amin appuyé car mon voisin aveugle et penché sur moi me surveille du coin de son oreille affutée. Une femme désire un enfant, - non nous le lui faisons pas, hélas, mais nous implorons Sidi Bel Abbès pour qu’il exauce son vœu. Que va-t-il se passer quand je visiterai Thèbes ?

Mon ami Pascal arrive tout juste de Guyane pour que nous partagions ce mois de février sur les pas d’Henry Miller qui nous narre sa deuxième naissance, la spirituelle, en 1939 en Grèce.

Voici quelques lignes tiré de son livre  " le colosse de Marousi " :

«Ce n’est pas la maladie qui est l’ennemi, la maladie n’est qu’un sous-produit. L’ennemi de l’homme ce ne sont pas les microbes, c’est l’homme lui-même avec son orgueil, ses préjugés, ses stupidités, son arrogance. … Renverser les maîtres, les tyrans, les gouvernements ne suffit pas. Ce que l’on doit renverser ce sont les idées préconçues que l’on nourrit soi-même sur le vrai et le faux, le bien et le mal, le juste et l’injuste.»

La Grèce actuelle est-elle entrain de changer de maîtres ou de renverser son regard ?

En tout cas nous allons voyager dans ce pays qui se pose des questions de choix politique.

Et j’ai faim et soif de l’homme qui se questionne, se remet en cause.

Celui qui se rengorge de certitudes est dans les griffes de Thanatos.

Nous allons marcher dans nos propres pas, inventer la Grèce en la visitant

Et si nous passons du côté de Grévéna, au nord, je vais aller voir si l’ombre des trois auto-stoppeurs français, Waren, Leïla et mézigue, erre encore sur le bord de la route en pleine campagne. Nous sommes restés coincés là cet été, sept heures durant sous un soleil homicide ; des panneaux nous prévenant que la région abritait des ours et des loups ne nous donnaient guère envie de dormir à la belle étoile.

Est-ce possible d’être libéré de toutes nos peurs ?

Zorba, avec sa tendresse farouche, secoue la tête :

-Non, tu n'es pas libre, dit-il. La corde avec laquelle tu es attaché, est un peu plus longue que celle des autres. C'est tout. Toi, jean-Pierre, tu as une longue ficelle, tu vas, tu viens, tu crois que tu es libre, mais la ficelle tu ne la coupes pas. Et quand on ne coupe pas la ficelle...

- Je la couperai un jour! dis-je avec défi, car les paroles de Zorba avaient touché en moi une plaie ouverte et j'avais eu mal.

- C'est difficile Jean-Pierre, très difficile. Pour ça, il faut un brin de folie; de folie, tu entends? Risquer tout ! Mais toi, tu as un cerveau solide et il viendra à bout de toi. Le cerveau est un épicier, il tient des registres, j'ai payé tant, j'ai encaissé tant, voilà mes bénéfices, voilà mes pertes! C'est un prudent petit boutiquier; il ne met pas tout en jeu, il garde toujours des réserves. Il ne casse pas la ficelle, non! il la tient solidement dans sa main, la fripouille. Si elle lui échappe, il est foutu, foutu le pauvre! Mais si tu ne casses pas la ficelle, dis-moi, quelle saveur peut avoir la vie? Un goût de camomille, de fade camomille! Ce n'est pas du rhum qui te fait voir le monde à l'envers !

– Oui  Zorba, un soir dionysiaque, je boirai du résiné à perdre la raison, et je…

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À propos

Jean-Pierre Brouillaud

amoureux de l'inconnu voyageant pour l'Aimer davantage !
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